L'église de Rieux-Minervois :

le chapiteau de l'Assomption

 

Rares sont les églises édifiées selon un plan circulaire : on peut mentionner Sainte-Croix de Quimperlé ou Neuvy-Saint-Sépulcre dans l'Indre, qui sont des rotondes, ou encore l'abbatiale d'Ottmarsheim en Alsace, conçue sur un plan octogonal.

L'église Sainte-Marie de Rieux-Minervois (XIIème siècle) est elle aussi circulaire, mais elle a la particularité de présenter un plan heptagonal, unique. En effet, le rayon de sa nef annulaire  est de vingt-huit pieds carolingiens - ce pied mesure 33,3 cm - et cette nef repose sur quatorze piliers qui délimitent un polygone à quatorze côtés. Quant au choeur, de quatorze pieds de rayon, il est dominé par un clocher central à sept pans.

Cette persistance du nombre sept et de ses multiples a suscité bien des interrogations .

 

Comme le dit André Bonnery dans Le Maître de Cabestany, ce nombre peut renvoyer au culte marial, Marie étant très tôt associée à la Sagesse : or "La sagesse a bâti sa maison. Elle a taillé ses sept colonnes." (Proverbes,9,2).

De plus, on attribue également très tôt à la Vierge les sept dons sanctifiants de l'Esprit : science, sagesse, conseil, force, crainte de Dieu, piété et intelligence (cf. Isaïe 11,2).

Le chiffre sept continuera à être associé à Marie : au XIVème siècle,  on célèbre Notre Dame des Sept Douleurs, douleurs représentées par sept glaives. Une chapelle lui a d'ailleurs été consacrée à la Renaissance à Rieux-Minervois.

 

D'autres interprétations sont possibles.

On peut voir dans le chiffre sept le signe de l'alliance entre la perfection divine et le monde imparfait. En effet sept est la somme du chiffre trois - qui symbolise l'Esprit - et du chiffre quatre - qui symbolise la matière.

Cette hypothèse pourrait être confirmée par le fait que le sanctuaire est délimité par quatre piliers et trois colonnes : or, dans la symbolique romane, le carré symbolise la terre et le cercle renvoie au ciel.

Quelle que soit l'interprétation retenue, il n'en reste pas moins évident que l'édifice a été conçu, comme d'autres édifices religieux romans - en particulier les abbayes cisterciennes -, pour répondre à la symbolique des chiffres sacrés.

L'église Sainte-Marie de Rieux-Minervois est également intéressante par ses chapiteaux. Le plus célèbre de ces chapiteaux est celui de l'Assomption  (cf. les photos ci-dessus). Il révèle une parenté évidente avec le tympan de Cabestany ou la frise du Boulou.

Si l'on observe attentivement la Vierge dont les pieds reposent sur la mandorle - elle-même posée sur l'astragale du chapiteau - on notera le visage inscrit dans un dièdre, le front bas et les mains démesurément longilignes. Ce sont là les caractéristiques de la manière de sculpter du Maître de Cabestany.

Sans doute la Vierge est-elle  plus rigide que sur le tympan de Cabestany, mais cette raideur dans l'attitude est compensée par les plis qui animent le vêtement et trouvent un écho dans les ondulations de la nuée céleste sur lesquelles se détache la Vierge.

Un signe distingue cependant cette Vierge de celle du tympan de Cabestany : les yeux, moins obliques, ne sont pas marqués par des coups de trépan. Le regard semble donc vide.

 

La facture du Maître de Cabestany est plus évidente dans les détails du chapiteau. Les anges qui saillent en ronde-bosse sont les parents avérés de ceux du tympan de Cabestany : les visages s'inscrivent dans un dièdre, les fronts sont bas, les oreilles haut placées, et l'amande oblique des yeux est dégagée par le trépan. Comparez  en cliquant  ci-dessous.

Vous remarquerez comme au Boulou ou à Cabestany une sorte de phobie du vide : le large déploiement des ailes occupe et dynamise tout l'espace.

Sculpture et architecture sont ici en parfaite cohésion : aussi a-t-on émis l'hypothèse  que l'église a pu être conçue dans sa totalité par le Maître de Cabestany, qui se révèlerait ainsi non seulement sculpteur mais aussi architecte.

     
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